objectif de vie

Quel prix coûte votre objectif de vie?

Lorsque l’on demande aux gens quels sont leurs objectifs, on a rarement une réponse claire. En particulier avec un objectif de vie

L’objectif est au mieux une vision (devenir riche, perdre du poids…) et au pire un rêve irréaliste (gagner 3 millions d’ici 3 semaines ou perdre 27 kilos et avoir de beaux muscles pour mes vacances d’été).

Plus rarement, l’objectif est clair, précis, réaliste.

J’ai toujours travaillé à rendre mes objectifs clairs, précis et réalistes.

Mais récemment, je me suis rendu compte qu’il y a une autre question à se poser: mon objectif de vie, aussi bien défini soit-il, est-il sain pour autant?

C’est la question que je me suis posée beaucoup ces derniers temps.

Voici comment elle s’illustre par une histoire que vous avez sûrement déjà lue quelque part:

L’histoire du pêcheur heureux.

Alors qu’il ramène quelques gros poissons de sa pêche matinale, un pêcheur se fait aborder par un homme qui, visiblement, est un touriste de passage. Il accoste le pêcheur:

– Dites-moi mon brave, ils sont beaux vos poissons, combien de temps vous a-t-il fallu pour les pêcher?

– Pas très longtemps, pourquoi?

– Si étiez resté en mer plus longtemps, vous auriez attrapé plus de poissons.

–  J’en ai suffisamment pour nourrir ma famille…

–  Mais que faites-vous le reste du temps?

–  Je fais la grasse matinée, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme. Le soir, je vais au village voir mes amis. Nous buvons du vin et jouons de la guitare. J’ai une vie bien remplie.

Le touriste, visiblement motivé, enchaine alors:

– J’ai un MBA de l’université de Harvard et je peux vous aider. Vous devriez commencer par pêcher plus longtemps et vendre les poissons supplémentaires. Avec les bénéfices, vous pourriez acheter un plus gros bateau. Avec l’argent que vous rapporterait ce bateau, vous pourriez en acheter un deuxième et ainsi de suite jusqu’à ce que vous possédiez une flotte. Au lieu de vendre vos poissons à un intermédiaire, vous pourriez négocier directement avec l’usine, et même ouvrir votre propre usine. Vous contrôleriez le produit, le traitement et la distribution! Il vous faudrait alors quitter ce petit village, pour vous installer dans une grande ville où vous trouveriez les bonnes compétences pour continuer à développer vos activités.

– Combien de temps cela prendrait-il?

– 15 ans, 20 ans max.

– Et après?

Le banquier sourit:

– Après, c’est là que ça devient intéressant! Quand le moment sera venu, vous pourrez introduire votre société en bourse et la vendre par actions au public et devenir très riche. Vous gagnerez des millions.

– Des millions? C’est bien, mais après?

– Après, vous pourrez prendre votre retraite, habiter dans un petit village côtier, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer de la guitare avec vos amis.

Objectif de vie : Attention aux dérives 

Je trouve l’ironie de cette histoire particulièrement inspirante, pas vous?

J’ai quitté mon emploi de fonctionnaire il y a plus de 5 ans pour intégrer une multinationale.

Je suis alors parti d’un environnement où ma carrière était prévisible, normée, limitée par des barèmes jusqu’à la retraite pour arriver dans un environnement où tout est possible.

«Sky is the limit» disent les anglophones. Littéralement, «le ciel est la limite » signifie qu’il n’y a pas de limites.

Une fois passé le «choc» de ces perspectives qui s’offraient à moi, j’ai rapidement compris une chose essentielle: oui, tout est possible, mais tout a un prix!

Je répète: tout a un prix!

Depuis mon emploi dans cette multinationale, j’ai rencontré plein de personnes (de mon entreprise et d’ailleurs) qui m’ont rappelé cette loi

J’ai rencontré des personnes qui passent leur vie à changer de pays tous les 3 ans en déracinant leur famille.

J’ai rencontré des personnes qui travaillent l’équivalent de 2 temps pleins (en Suisse cela signifie 83 heures par semaine), soirs et week-end compris.

J’ai rencontré des personnes qui en étaient à leur 3e mariage et avaient des enfants sur autant de continents.

J’ai rencontré des personnes qui étaient aigries et empoisonnées d’amertume, car après des années de sacrifice, leur promotion était finalement allée à quelqu’un d’autre.

J’ai rencontré des personnes rongées par les problèmes du quotidien au point d’y laisser leur santé.

J’ai rencontré des personnes tellement investies dans leur travail depuis toujours que la perspective d’une retraite prochaine les terrifiait.

Oui, progressez dans une carrière à un prix.

Stagner aussi.

J’ai rencontré des personnes qui ne comprenne pas que leur travail va disparaitre et que leur valeur ajoutée pour l’entreprise également du coup.

J’ai rencontré des personnes qui refusent d’évoluer, d’apprendre, de changer et qui ne comprennent pas qu’elles se marginalisent, car «on a toujours fait comme ça et ça a toujours très bien été» (ce qui est faux évidemment).

J’ai rencontré des personnes qui se font toutes petites et en profitent pour en faire le moins possible, mais qui se sentent sincèrement débordées dès qu’on leur demande une tâche.

J’ai rencontré des personnes qui ne voient pas plus loin que la fin du mois, pressées de dépenser l’argent qu’elles vont recevoir jusqu’au dernier centime.

J’ai rencontré des personnes qui estiment qu’une fois sortis de l’école, ils n’ont plus à apprendre quoi que ce soit durant le reste de leur vie et s’étonnent de ne pas trouver d’emploi.

Oui, ces comportements aussi ont des conséquences.

Aujourd’hui, je suis mi-pêcheur, mi-banquier

Mon plan de vie il y a deux ans était simple: devenir propriétaire de ma maison, puis préparer ma retraite pour pouvoir la prendre le plus vite possible.

J’ai acheté ma maison l’an passé à 39 ans. L’étape suivante était donc de préparer ma retraite qui en Suisse est à 65 ans (pour l’instant), mais que l’on peut prendre dès 58 ans si on a bien fait ses calculs.

Puis, j’ai commencé à me dire que la sécurité de l’emploi n’existait de nos jours plus et que mes projets parallèles me titillaient beaucoup trop pour rester salarié encore 25 ans.

Mes projets parallèles ce sont ce blog, les formations que souhaite créer, mes coachings en présentiel ou à distance, les conférences et les formations que je donne, mais aussi la bourse, l’immobilier et la création de business.

Tout ce qui peut me permettre de tendre vers un peu plus d’autonomie financière.

L’idée est la suivante: je souhaite conserver mon niveau de vie et mes revenus. Mais si je peux réduire le temps et l’effort qu’il me faut pour les obtenir, c’est tout cela gagné en termes de qualité de vie… Évidemment toujours avec des choses que j’aime faire.

Bref, travailler moins pour gagner autant.

Mais depuis que j’ai ma maison, je peine à investir l’effort nécessaire pour avancer.

Déjà je passe du temps à travailler dans ma maison. Je l’entretiens, je bricole, je rénove, je transforme…Tout cela prend du temps. Et j’aime ça.

Et puis ma maison est dans un quartier de maisons avec plein de familles qui ont des enfants en bas âge comme les miens. Du coup, je passe beaucoup plus de temps qu’avant à boire un café ici, une bière là, voire à improviser des repas avec les voisins. Le tout pendant que nos enfants jouent dans le jardin ensemble. Et j’aime ça.

Et puis mes enfants (2,5 ans et 3,5 ans à l’heure où j’écris ces lignes) ne sont plus des bébés et demandent beaucoup à jouer avec leurs parents. Je profite tant qu’ils le souhaitent encore. Et j’aime ça.

Et vu l’âge de nos enfants justement, ma femme et moi pouvons à nouveau consacrer un peu plus de temps à nous deux également. Et j’aime ça.

Et depuis deux mois j’ai un nouvel emploi dans mon entreprise qui est intense (mais sans accumuler des heures supplémentaires) et rempli d’activités que j’adore faire. Seulement, j’ai rajouté 40 minutes de trajet par jour. Ce n’est pas grave en soi, car je me forme en voiture et ce n’est pas du temps de perdu, mais c’est du temps en moins pour le reste.

Bref, j’ai une belle qualité de vie. Des choses que j’aime faire. Et des choses que je ferais si j’avais atteint mes objectifs parallèles ou si j’étais à la retraite actuellement.

Alors mon côté «banquier» est frustré que mes projets n’avancent pas aussi vite que prévu. Il est frustré, car à force de se former, il sait exactement comment faire avancer tous ces projets parallèles.

Mais mon côté «pêcheur» me rappelle de ne pas forcer et de ne pas sacrifier ce que je vis actuellement parce qu’au final, j’ai exactement la vie que je souhaite.

Alors je pourrais accélérer mes projets parallèles, mais je choisis de ne pas le faire pour l’instant.

Le prix est simplement trop élevé!